Les "semi-Maigret"

 

Les personnages qui hantent le monde de Maigret se retrouvent parfois ailleurs dans l'oeuvre de Simenon. C'est en particulier vrai pour les inspecteurs les plus proches du commissaire: en effet, ceux-ci apparaissent dans des textes, romans et nouvelles, hors du corpus des Maigret. Et il ne s'agit pas d'une simple reprise d'un patronyme, mais le personnage est très proche de ce qu'il est dans ce corpus. C'est un peu comme si l'auteur, lorsqu'il écrit des textes contemporains aux Maigret, évoquait plus ou moins consciemment certains personnages, peut-être plus marquants que d'autres, et qui peuvent lui servir dans d'autres romans.
Trois personnages en particulier se rencontrent dans tout un ensemble d'oeuvres de Simenon, hors les Maigret: il s'agit de trois inspecteurs proches du commissaire: Torrence, Lucas et Lognon. Les deux premiers apparaissent aussi dans divers romans populaires, écrits sous pseudonymes, contemporains des premiers Maigret parus chez Fayard.
Torrence semble apparaître le premier sous la plume de Simenon, et pour la première fois dans ce qu'on appelle les "proto-Maigret", soit quatre romans qui constituent une sorte de genèse maigretienne (voir ici). Parallèlement à ceux-ci, l'auteur utilise le même personnage dans sept romans publiés sous pseudonymes; Torrence y est tantôt à peine esquissé, tantôt dans les premiers rôles, mais toujours en tant que policier, inspecteur ou commissaire (voir les détails ici).
Torrence apparaît dans trois romans contant les exploits d'un héros, nommé Sancette, qui est inspecteur à la PJ: L'homme qui tremble et Matricule 12 sont signés Georges Sim, et Les amants du malheur Jean du Perry.

Fayard, 1930 Tallandier 1932; dans ce roman apparaît aussi Lucas Ferenczi 1930
Omnibus 1999

 

Torrence apparaît encore dans quatre autres romans sous pseudonymes: trois sont signés Christian Brulls: L'inconnue, Fièvre et La maison des disparus; le quatrième, Les Errants, est signé Georges Sim.
Fayard 1930; dans ce roman apparaît aussi Lucas Fayard 1932; dans ce roman apparaît aussi Lucas Fayard 1931
Presses de la Cité 1980 Fayard 1954 Fayard 1954

La maison des disparus avait paru en feuilleton dans l'hebdomadaire "La Jeunesse Illustrée", en 1931-1932. En 2001, Les Amis de Georges Simenon en ont fait un tirage hors commerce

 

Lucas, quant à lui, apparaît dans six romans sous pseudonymes (voir ici). Son portrait est déjà fort semblable à celui qu'il a dans le corpus maigretien, et il semble évident, si l'on compare les descriptions dans les romans populaires contemporains des Maigret, que dans l'esprit de Simenon, il s'agissait du même personnage. On peut d'ailleurs en dire autant de Torrence.
En plus des trois romans cités plus haut, Lucas apparaît encore dans trois autres romans: deux sont signés Christian Brulls: Les forçats de Paris et L'évasion; le troisième, La fiancée du diable, est signé Georges Sim.
Fayard 1932 Fayard 1934 Fayard 1933

Presses de la Cité 1980

 

La même réflexion peut se faire à propos de la série de romans et de nouvelles, publiés par Simenon sous patronyme, où apparaissent également ces personnages, qui vivent à ce moment-là depuis un certain temps dans le corpus maigretien. On retrouve Lucas dans six de ces "romans gris", et dans quatorze nouvelles policières. Torrence, lui, n'apparaît dans aucun roman, mais dans plusieurs nouvelles, et il est en particulier un des héros de la série de nouvelles Les dossiers de l'agence O. Quant à Lognon, il va apparaître dans deux romans "gris" avant que Simenon ne l'engage aux côtés de Maigret (voir les détails ici).
On peut ajouter à ces noms ceux des deux autres inspecteurs proches de Maigret, à savoir Janvier et Lapointe. Le premier est aussi apparu dans quelques romans et nouvelles parallèles au corpus (voir ici), et le second n'apparaît que dans deux nouvelles hors corpus (voir ici).
C'est la présence de ces personnages dans ces romans et nouvelles hors corpus maigretien, qui a conduit Steve Trussel à baptiser ces textes du nom de "semi-Maigret". Et pour plusieurs de ces textes, cette appellation se justifie d'autant plus que l'atmosphère, l'ambiance de l'intrigue est souvent proche d'un roman Maigret.
Le but de cette rubrique va donc être de s'intéresser à ces "semi-Maigret". Nous n'allons pas établir de résumé ni de commentaires de ces oeuvres (pour cela, vous pouvez vous référer à cet excellent site), mais nous allons vous présenter les couvertures des différentes éditions de ces textes, aussi bien en français qu'en traduction.

 

 

Le premier "roman gris" où apparaît Lucas est Les suicidés, paru en 1934. C'est le deuxième roman de Simenon édité chez Gallimard.
Dans ce roman, Lucas, qui n'est encore qu'inspecteur, ne fait qu'une courte apparition.
édition originale 1934 Espes, Bruxelles 1944 Gallimard 1953 Gallimard 1977 Folio 1998 Folio policier 2004

 

Ce roman a été traduit en plusieurs langues:
italien: Mondadori 1958 espagnol: Albor 1954 et
Luis de Caralt 1973
portugais: Nova Fronteira 1987
allemand: Diogenes, 1990, 2005 et 2010 grec: Ermeias 1990
anglais: Routledge 1943 / Harcourt 1944 / Penguin 1952

 

Le deuxième roman où apparaît Lucas est Le testament Donadieu, paru en 1937 chez Gallimard. Lucas n'y apparaît qu'en fin d'histoire, en tant que "commissaire divisionnaire à la Police Judiciaire".
édition originale 1937 Gallimard 1954 Gallimard 1960 Folio 1977 Folio 1996 Folio policier 2003

 

Voici les langues dans lesquelles ce roman a été traduit:
anglais: Harcourt 1945 / Routledge 1945 / Harcourt 1991 hongrois: Könyvkiadó 1971 croate: Rad 1968
allemand: Diogenes 1985, 2000 et 2011 finnois: Suuri suomalainen kirjakerho 1981 et Otava 1981
italien: Mondadori 1940 / Adelphi 1988 /
Club degli Editori 1996
portugais: Nova Fronteira 1982 letton: 1994
tchèque: Svoboda 1976 japonais: 1979 espagnol: Luis de Caralt 1966 / Aguilar 1968 / Tusquets 1998

 

 

Dans le roman suivant, Monsieur La Souris, apparaissent Lucas, Janvier et Lognon. Lucas y est devenu commissaire, Janvier travaille sous ses ordres en tant que brigadier. Quant à Lognon, il est inspecteur de quartier, comme dans le corpus maigretien.
édition originale, Gallimard 1938 Bruxelles, Espes 1943 Gallimard 1948 Gallimard 1953 Folio policier 2009

 

Voici les langues dans lesquelles ce roman a été traduit:
espagnol: Ayma 1949 et
Luis de Caralt 1973
italien:
Mondadori 1959
tchèque: Odeon 1971
(contient aussi
L'enterrement de Monsieur Bouvet)
allemand: Diogenes 1988 néerlandais: Bruna 1978 anglais: Routledge 1950
et Penguin 1966

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