Un certain Jean Richard...
L'histoire de la série est liée à celle de la télévision française. En février 1959, la R.T.F. devient lO.R.T.F. (Office de Radiodiffusion Télévision Française). Un changement qui naffecte pas seulement lappellation de lorganisme mais aussi son fonctionnement et sa structure tout au long des années 60. L'ORTF bénéfice dune plus grande autonomie financière et administrative. La télévision devient un média de plus en plus populaire, et la nécessité se fait jour de revoir la programmation, mais aussi de développer le secteur de la fiction au travers des films, et également des séries télévisées. En 1964, Claude Contamine est nommé directeur général adjoint de lORTF. Il obtient de Simenon l'autorisation d'adapter les romans de Maigret à la télévision française. D'autres pays avaient déjà produit des séries racontant les enquêtes du commissaire à la pipe: citons, entre autres, la série anglaise avec Rupert Davies et la série italienne avec Gino Cervi. Contamine confie la production à Claude Barma, un des pionniers de la télévision, qui a déjà signé d'autres feuilletons célèbres, comme Le Chevalier de Maison-Rouge ou Belphégor. Claude Barma se met à la recherche de son interprète principal, lorsque Jean Richard lui téléphone: "Je sais que tu vas tourner des Maigret. J'ignore si tu as déjà ton bonhomme mais moi je me mets sur les rangs." Silence et étonnement de Barma, car Jean Richard est connu comme un fantaisiste et il vient de s'acheter un cirque où il joue le dompteur. Comment, avec de tels antécédents, Jean Richard pourrait-il entrer dans le pardessus du bourru Maigret ? Mais Jean Richard a pour lui deux atouts: d'abord, c'est un vrai fumeur de pipe! Ensuite, Simenon sétait gardé le droit dintervenir dans le choix de lacteur : "Quand Claude Barma ma proposé Jean Richard, je me suis souvenu que mon fils Marc mavait dit : 'si un jour, on fait Maigret en France, Jean Richard serait parfait, car ce nest pas seulement un comique et un dompteur, cest aussi un excellent comédien' ". Vaincu par l'insistance de Jean Richard, Barma finit par répondre: " Et pourquoi pas ?". Les deux hommes se rendent à Epalinges, la maison de Simenon, pour obtenir son accord. C'est gagné: "Je me méfie des grandes vedettes, explique Simenon, sinon cela devient « Gabin dans le rôle de Maigret ». Or, pour le public, il faut quelqu'un qui soit Maigret. Maigret se conduit avec un suspect comme Jean Richard devant un animal qu'il ne connaît pas encore bien. Quand il arrive quelque part, il faut qu'il s'imprègne de l'endroit. Il essaie le fauteuil pour voir ce que le suspect voit tous les jours. Il se familiarise avec les objets. Il faut le jouer avec une certaine lenteur, car il n'a pas d'idées de génie. Il ne doit pas être vif. Sa pensée n'agit que lentement, parce qu'elle agit par intuition." Une fois l'interprète choisi, il faut répondre à d'autres défis: d'abord celui de la fidélité aux décors: la majorité des enquêtes se situent entre les années 30 et 50 à Paris. Il faut donc faire un choix, celui de situer laction dans le temps présent (celui du tournage à la fin des années 60), ou dans le passé, cette dernière option impliquant de nécessaires reconstitutions de plateaux puisque Paris a beaucoup changé depuis le temps des romans. Barma, contraint par un budget réduit, opte pour la première solution en prenant garde de ne pas exagérer laspect moderne. Le deuxième aspect, la restitution de la fameuse atmosphère propre à lécrivain, est particulièrement difficile. Maigret est un homme qui simprègne de ce qui lentoure. Il écoute, il interroge, il essaye de se glisser dans la peau des habitants du lieu... Autant dire que ce genre de scène est très difficile à rendre à lécran car laction est réduite à peu. La mise en scène sera donc particulièrement soignée pour transmettre cet aspect de loeuvre. Claude Barma fait les bons choix dès le début. A côté de ses propres réalisations, il confie la réalisation d'autres épisodes à des professionnels du cinéma et de la télévision, et il garde aussi une maîtrise sur la série, ce qui permet de faire des épisodes très homogènes et de conserver un esprit cohérent à la série. De plus, il met un accent particulier sur les décors (scènes intérieures tournées en vidéo et scènes extérieures filmées), et sur la photographie. Quatre jours après la sortie du premier épisode (Cécile est morte), Jean Richard et Claude Barma se rendent chez Simenon. Celui-ci dit à Jean Richard: "Bravo! Vous tenez votre pipe comme un vrai fumeur. Une seule remarque: celle que vous avez n'est pas très bien proportionnée..." Et il offre à l'acteur deux pipes pour le prochain film... |
| sources: site Aux frontières des
séries;
Maigret, ce phénomène, Télérama hors-série; Ma vie sans filet, livre de souvenirs de Jean Richard |