Une confidence de Maigret

D'après le roman homonyme de Georges Simenon

Réalisateur: Yves Allégret
Scénaristes: Claude Barma et Jacques Rémy
Durée: 84 minutes
Avec: Jean Richard (Maigret), Pierre Clémenti (Adrien Joussel), Olga Georges-Picot (Sophie), Jean-Marie Proslier (Me Lenain), Maxence Mailfort (Coméliau), Jean-Claude Dauphin (Lapointe), Jean-Pierre Castaldi (Greuter), Valerio Popesco (Popaul), Pascale Christophe (Annie), Anne Fabien (Mme Coméliau), Joëlle Pilven (Jeanne), Christophe Bourseiller (Gondreville), Dominique Dourdon (le radio), Charles Borel (le capitaine), Pierre Bonnafet (Chaufournet), Antoine Campo (Marc), François Calvez (un enfant), Yves Coudray (un enfant), Philippe Chosson (inspecteur de police), Jean-François Delacour (patron motos), Jacques Gignoud (inspecteur labo), Guy Dhers (policier), André Dumas (Flandrin), Gabriel Gobin (Ringeard), Daniel Guillaume (journaliste), Martine Legrand (Rosalie), Jean Lepage (gardien bureau), Alain Liger (mécano motos), Gérard Laureau (inspecteur), Bernard Marcellin (inspecteur police), Bernard Papineau (De Murène), Dider Rousset (employé), Georges Ser (Duplantier), Daniel Vérité (Bernardini), François Viaur (automobiliste), Philippe Duclos (Gérard Max), Manuela Friedrich (secrétaire), Guy Laporte (Furggen), Roger Martiguier (marin), Roberto Le Nain (le Nain), Odile Schmitt (Marianne), Okacha Touita (portier hôpital)
L'histoire: Le film s'ouvre sur l'image d'un soleil couchant sur la mer, avec le son d'une sirène de bateau. La nuit, des hommes sont en train d'écouter, dans la cabine radio du bateau, un reportage sur un match de boxe. Une bagarre survient entre deux marins, l'un sort un couteau et en frappe l'autre. L'agresseur est mis en chambre d'arrêt, tandis que le capitaine avertit le commissariat du port.
Le bateau arrive dans le port de Rouen. Au commissariat, le commissaire interroge l'agresseur, nommé Paul Kaminsky, sur qui on a découvert un petit carnet contenant une coupure de journal à propos d'un meurtre commis quelques années plus tôt à Auteuil. Le commissaire explique à Kaminsky que l'homme qu'il a agressé va s'en sortir, et que lui ne va pas être inquiété pour cette affaire. Néanmoins, Kaminsky est recherché comme témoin pour le crime d'Auteuil. Le commissaire va donc l'envoyer à la PJ.
Dans le bureau de Maigret, l'inspecteur Lapointe lui apporte le dossier de l'affaire Joussel, celle du crime d'Auteuil. Le commissaire se met à feuilleter le dossier, tandis que commence une longue séquence en
flash-back, qui va constituer l'essentiel de l'intrigue de l'épisode.
On voit alors l'image d'une femme couchée dans son lit, baignant dans son sang. Derrière elle, un homme est en train de se raser. Il revêt une cravate, met des bijoux dans une valise, puis prend sa voiture pour se rendre au bureau. L'homme s'appelle Adrien Joussel. Dans son bureau, il prend une liasse de billets de banque, puis téléphone à l'aéroport pour réserver une place dans un avion en partance pour Rome.
A l'aéroport, Joussel rencontre une connaissance, qui part lui aussi pour Rome. Joussel renonce alors à prendre l'avion, et rentre chez lui. Il remet les bijoux à leur place, puis prend sa voiture et fonce sur l'autoroute, puis à travers la campagne. Il roule si vite qu'il se fait arrêter par deux policiers à moto, à qui il demande de le conduire à la police, où il a une déclaration à faire. Au commissaire qui l'interroge, il dit reconnaître avoir pris la fuite, mais affirme être innocent du meurtre de sa femme.
Maigret, averti, arrive au commissariat. Comme Joussel refuse de lui en dire plus, il le met en garde à vue. Pendant que Joussel est emmené à la PJ, il tente de se suicider à l'aide d'une bouteille en verre qu'il a cassée. Il est conduit à l'hôpital.
Maigret se rend auprès du juge Coméliau, qui lui raconte qu'il a bien connu Sophie Joussel, et lui fait comprendre qu'il n'aime pas Joussel, qu'il considère comme un parvenu, à qui le succès est monté à la tête.
Maigret se rend à l'hôpital, où Joussel accepte enfin de lui en dire plus: sur des images en
flash-back, Joussel raconte le soir de la mort de sa femme: après une dispute au casino, Joussel a quitté sa femme et a passé la nuit à errer dans les boîtes de nuit. Il est rentré, ivre mort, chez lui, où il s'est endormi sur le canapé du salon. Réveillé au petit matin, il s'est rendu dans la chambre à coucher, où il a trouvé sa femme poignardée. C'est alors qu'il s'est enfui.
Maigret explique alors à Joussel que Annie, la secrétaire et la maîtresse de Joussel, est venue spontanément apporter son témoignage à la PJ. Sa déposition contredit la version de Joussel: celui-ci serait venu chez elle le soir du crime et aurait proféré des menaces contre sa femme. Joussel admet être allée chez Annie, et raconte sa première rencontre avec celle-ci. Mais il nie toujours être l'auteur du crime.
Lapointe s'est rendu chez Joussel, où la bonne lui dit qu'un poignard appartenant à Joussel a disparu.
Me Lenain, l'avocat qui s'est chargé de la défense de Joussel, donne une interview aux journalistes, dans laquelle il dit que Sophie Joussel était connue pour avoir ses "protégés", de jeunes hommes qu'elle lançait, et qu'on peut envisager l'hypothèse d'une vengeance de l'un d'eux, qui aurait été évincé.
Le poignard de Joussel, qui a été retrouvé par le chien de deux jeunes garçons, est examiné au laboratoire: aucune empreinte n'y est relevée.
Lapointe se rend dans une maison de production de disques. Un des "protégés" de Sophie Joussel, Gérard Marx, avait sorti un disque, sans lendemain. Il travaille maintenant à Ermenonville, à la "mer de sable". Maigret s'y rend pour l'interroger, et fait la connaissance du directeur du cirque.
Maigret se rend ensuite chez Annie, qui se trouve en compagnie d'une amie, qu'on devine très intime avec elle. Maigret interroge Annie sur sa relation avec Joussel, et ses réponses semblent assez ambiguës.
A l'hôpital, Joussel, qui a lu les journaux et compris qu'il sera considéré comme coupable par tout le monde, ligote l'infirmier pour lui prendre ses vêtements. Après une évasion mouvementée, il donne rendez-vous à un jeune journaliste sur la Tour Eiffel, pour clamer encore une fois son innocence.
Maigret, qui a obtenu de Gérard Marx les noms d'autres "protégés" de Sophie Joussel, envoie Lapointe aux renseignements: un certain Kaminsky, dit "Popaul", a eu droit aux faveurs de Sophie, mais il a disparu.
Tandis que Me Lenain continue de parader devant les journalistes, Joussel, repéré par un policier, prend la fuite au volant de sa voiture. Poursuivi, il a un accident et meurt dans sa voiture. C'est la dernière image du
flash-back: Maigret referme son dossier.
Kaminsky arrive à la PJ. A Maigret qui l'interroge sur ses rapports avec Sophie Joussel, il affirme être innocent du crime, mais le commissaire ne le croit pas, d'autant plus que Kaminsky est parti en Amérique du Sud juste après le crime d'Auteuil. Sans l'affaire de la bagarre sur le bateau, Kaminsky n'aurait pas remis les pieds en France.
Maigret se rend auprès de Coméliau pour lui demander la réouverture du dossier. Le juge s'y refuse tout d'abord, mais un coup de téléphone l'avertit que Kaminsky vient d'avouer le crime.
Chez Joussel a lieu une reconstitution, lors de laquelle Maigret croit voir le "spectre" de Joussel lui apparaître. Maigret quitte la maison de Joussel sans un mot pour Coméliau, puis s'en va dans la rue. Tandis que Lapointe et les autres policiers sortent de la maison, le poignard en bois qui a servi à la reconstitution tombe sur le trottoir, et c'est un chien qui le ramasse.
Commentaire: C'est une gageure que l'adaptation de ce roman, constitué essentiellement de flash-back, sous la forme de souvenirs d'une enquête que Maigret raconte à son ami le Dr Pardon. Le réalisateur a pris le parti de travailler aussi en flash-back, mais il a éliminé une bonne partie des éléments de l'intrigue du roman, en introduisant dans le scénario des scènes inédites, telles par exemple la soirée mondaine au musée Grévin, ou celle à Ermenonville (voir ci-dessous).
Anecdote: "[Simenon]n'a jamais vécu dans un cirque, ce petit univers simenonien où il aurait pu compléter sa collection de personnages marginaux. Pour cette raison, aucune enquête du commissaire Maigret ne se déroule dans le monde du cirque*. Une lacune... Avec le metteur en scène Yves Allégret, nous l'avons comblée en 1980 dans "Une confidence de Maigret". Bien intégrée au récit, la scène de cirque a été filmée sous mon chapiteau fixe à Ermenonville, où tant d'émissions télévisées ont été tournées. J'étais à la fois Maigret et Max, le régisseur du cirque. Pour les besoins du dialogue et grâce aux effets techniques, le chef-électricien du plateau me doublait en commissaire et Max avait l'allure et l'accent de Claudius Binoche. Une bonne façon de me parler à moi-même et d'associer, comme l'avait gentiment voulu Yves Allégret, les trois grands moments de ma carrière: Champignol, le cirque et Maigret." (extrait du livre de souvenirs de Jean Richard, Ma vie sans filet)

* Notons tout de même que dans le dernier chapitre du roman d'où est tiré l'épisode, il est fait allusion à une enquête que Maigret est en train de mener dans le monde du cirque: "Depuis quelque temps, des cambriolages étaient commis dans des conditions telles que leur auteur ne pouvait être qu'un acrobate professionnel, probablement un homme ou une femme-serpent, de sorte que Maigret et ses collaborateurs vivaient du matin au soir dans le monde du cirque et du music-hall et qu'on voyait les personnages les plus inattendus défiler au Quai des Orfèvres."
On n'en saura pas plus sur cette enquête "en plein cirque", mais on pourra y voir, si besoin était, la justification de l'introduction de la scène à Ermenonville dans l'épisode...

 

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